De l’instrumentalisation des élèves et de leurs parents par l’institution   Mise à jour récente !


Jean-François Charezans (photo paru dans Libé)Mediapart retrace les circonstances, les rumeurs et les connexions qui, en deux semaines, ont amené à l’assassinat de Samuel Paty, à la veille des vacances scolaires1. Visiblement l’institution a été impuissante à le protéger de cette sinistre cabale. Et pour cause.

Nous pourrions penser, comme Bruno Modica, professeur d’histoire-géo qui analyse dans les Clionautes les nombreuses zones d’ombre de l’enquête de l’inspection générale sur l’assassinat de Samuel Paty2, que « L’enchaînement qui est décrit à partir de la cinquième page du rapport montre bien le rôle particulièrement manipulateur de la mère de l’élève, de son père ensuite, à l’égard de ce cours dont Ils n’ont entendu parler que par des échos rapportés par leur propre fille, pourtant absente ce jours là ». Ou qui explique auprès de L’Express3. que « Si nous en sommes arrivés là, c’est en partie à cause de la façon dont l’école de la République n’a cessé de reculer face aux exigences des parents d’élèves en général. Nombreux sont ceux qui se comportent comme des « consommateurs mécontents » ».

Toutefois, si l’école de la République a reculé n’est-ce pas plutôt parce qu’elle a instrumentalisé les élèves et leurs parents pour, en prenant un vocabulaire guerrier tout à fait approprié, « neutraliser » des enseignants auxquels elle voulait nuire et / ou desquels elle voulait se défaire ?

Il y a un peu plus de trois ans à la mi-journée, je buvais un pot avec mon collègue et néanmoins ami Riccardo à la terrasse d’un café sur l’une des places de Poitiers. Riccardo que je connaissais depuis plus de vingt ans était prof d’italien en congé longue durée, à quelques brasses de la retraite. Avant d’être placé en congé longue maladie, il avait été suspendu avec plein traitement suite à des lettres de dénonciation de parents d’élèves. Il paraît qu’il terrorisait les élèves. Mais cela ne semblait pas très méchant. Il leur disait entre autres : « j’ai commencé enseignant et je finis en saignant ». Sa suspension avait été si scandaleuse qu’elle avait motivé le premier droit de retrait posé collectivement par les professeurs du Lycée Victor Hugo de Poitiers, contraignant la proviseure à venir s’expliquer en salle des profs. Mais rien n’y a fait et Riccardo malade alcoolique en burn out a continué à dériver sans que personne ne lui apporte l’aide dont il avait besoin.

Nous étions donc tranquillement en train de boire pot lorsqu’une jeune fille de 18 – 20 ans est venue vers nous. J’ai compris rapidement qui elle était : l’une des élèves à l’origine des lettres de dénonciation. Elle a dit à Riccardo qu’elle s’excusait, qu’elle n’était pas d’accord pour que ses parents et elle écrivent cette lettre, mais que la proviseure avait tellement insisté qu’ils s’étaient sentis forcés. Riccardo l’a remerciée et, l’un comme l’autre, je les ai sentis soulagés.

Deux mois plus tard, Riccardo décédait d’un cancer du foie généralisé.

Couper la tête d’un prof est une méthode d’élimination rapide et visible qui déclenche à juste raison des réactions horrifiées. Par contre l’élimination lente par des méthodes quasiment policières voire mafieuses et des procédures administratives ubuesques et usantes, est tellement invisible qu’elle ne déclenche que peu, voire aucune réaction collective. Il s’agit de constituer un dossier afin de « faire tomber » l’indésirable et de l’éliminer. Technique datant de la guerre contre-insurrectionnelle en particulier en Algérie4, adaptée à la répression des jeunes de banlieues, des sans-papiers et des fous, en somme des faibles et des fragiles, puis des jeunes activistes communistes-libertaires, bref à tous les indésirables. Puis à leurs soutiens et à ceux qui avaient le malheur de dénoncer ces pratiques5.

Comme à France-Télécom ou à IBM, des techniques managériales sont utilisées pour durcir jusqu’à les rendre impossibles les conditions de travail des enseignants. Un exemple parmi d’autres : le nombre d’élèves par classe. Lorsque j’ai débuté voilà 30 ans, j’avais 110 élèves à préparer pour le bac. Ces dernières années, j’en avais 180. Cela impacte le cours et surtout la correction des copies. Les directives ministérielles étant de un devoir par mois et par élève6, il me faudrait donc corriger plus de 1600 copies par an ! Au Lycée Victor Hugo, cela pouvait être seulement tous les trois ans car nous étions trois profs de philo pour deux term L et lorsqu’on avait une term L, on n’avait que 120 à 130 élèves par an (plus de 1000 copies à corriger par an quand même!). Mais la proviseur, contre l’avis unanime des profs de philo réunis en conseil d’enseignement, toute à son acharnement, refusait de me donner une term L, me condamnant tous les ans aux travaux forcés impossibles à réaliser. Elle avait beau jeu ensuite de me reprocher de ne pas donner assez de devoirs à mes élèves et de baisser ma note administrative comme nous le verrons par la suite.

Si nous pouvons comprendre, sans la justifier évidemment, l’intérêt de mettre en place une sélection et d’éliminer les plus faibles et/ou les plus fragiles dans des entreprises concurrentielles capitalistes où il s’agit de diminuer drastiquement la masse des salariés, nous avons des difficultés à comprendre le but pour un service public d’éducation qui peine à trouver tous les professeurs qu’il lui faudrait. Par exemple, il y avait plus de 7% de non titulaires dans l’enseignement de la philosophie avant la réforme Blanquer7. Il s’agirait plutôt alors d’une volonté claire de détruire les services publics, pour ce qui nous intéresse ici, l’éducation nationale, et c’est un fait que le gouvernement y arrive parfaitement.

A la base de cette entreprise de démolition des enseignants, la lettre de délation de parents ou d’élèves commandée ou non par les chefs d’établissements.

Me concernant, en 30 années de carrière, seulement trois parents et, ensemble, deux délégués des parents d’élèves ont pris rendez-vous avec moi. Il faut dire que j’ai fait une partie de ma carrière au lycée général et technologique E. Branly à Châtellerault, qui même s’il n’était pas classé en ZEP, y était situé. La première chose que mes collègues de ce lycée m’ont dite quand j’y suis arrivé jeune maître-auxiliaire c’est : « tu verras c’est un lycée sympa, les élèves ne sont pas des flèches mais on n’est pas emmerdé par les parents ! ». En effet, durant mes cinq années d’enseignement dans ce lycée, aucun parent n’a pris rendez-vous avec moi et je n’ai vu qu’une seule fois un parent délégué présent aux conseils de classes.

A l’autre bout, le lycée Victor Hugo de Poitiers, où en 10 ans toutes les classes avaient au moins un parent d’élève délégué aux conseils de classes, mais où pourtant je n’ai eu des rendez-vous qu’avec quatre parents d’élèves dont les deux délégués des parents d’une classe. La première parente d’élève était venue clairement faire du lobbying pour que son fils, déjà très bien noté, le soit encore mieux. Le second parent a pris rendez-vous avec moi suite à une incompréhension. Lors de mes cours, les élèves peuvent toujours proposer des sujets de débats. C’était suite aux bombardements dans la Bande de Gaza par Israël, l’élève à proposé de débattre à partir d’un tract distribué par le comité poitevin France-Palestine appelant à une manifestation. J’ai cru qu’elle soutenait les palestiniens et je me suis lourdement trompé. Je m’en suis aperçu lorsque j’ai été contacté par son père qui militait, m’a-t-il dit, – mais vu ses discours, j’en ai douté-, à l’Union juive pour la paix, pour un rendez-vous hors lycée à ce sujet. Le rendez-vous s’est tenu dans un café et a été cordial quoique un peu tendu. Je ne sais pas si ce parent d’élève a été plus loin et que son intervention a motivé l’inspection-sanction que j’ai subie après. Concernant les deux délégués de parents, je ne sais pas trop pourquoi ils ont pris rendez-vous avec moi. Lors de la réunion, j’ai eu le sentiment qu’il me reprochaient que leurs enfants ne s’ennuyaient pas assez dans mes cours, que même ils s’y amusaient. Qu’il y venaient avec plaisir même le matin à 8h. Comme l’avait dit Finfielkraut dans les années 90 : « il ne faudrait pas laisser croire que la philosophie serait facile et qu’elle pourrait être amusante » !

Par contre les parents se plaignaient directement au chef d’établissement. Cela presque tous les ans. Et même plusieurs fois par an. J’avais beau suggérer à ces derniers de les renvoyer vers moi, rien n’y faisait, les parents s’acharnaient à les contacter directement. Et le 12 mai 2010, soit 15 jours avant les conseils de classe de terminale, je suis inspecté en urgence8. Mon inspecteur pédagogique régional m’annonce qu’il est en « service commandé » ce qui veut dire pour un prof qui connaît bien les rouages répressifs que c’est une « inspection-sanction ». Mais il ne veux pas me dire ce qui m’est reproché et pourquoi il est là. Après l’inspection mon chef d’établissement qui est partie à la retraite six mois plus tard, me dit que c’était la première fois qu’elle voyait une telle chose, enfin elle l’avait vu une seule fois dans une affaire d’attentat à la pudeur de la part d’un enseignant sur l’une de ses élèves mineures ! Quatre ans plus tard en consultant mon dossier administratif au rectorat, je me suis aperçu qu’elle m’avait menti, que c’était elle qui avait demandé aux parents de lui écrire, « suite à [leur] entrevue » une lettre, pour « rappeler les griefs » qu’ils avaient envers moi9. Lettre qui, comportant un « pour avis » en haut à droite et un bordereau d’envoi du proviseur du lycée Victor Hugo la précédant dans mon dossier administratif10, a donc été transmise au rectorat par la proviseure. Cette attitude sournoise du chef d’établissement va à l’encontre des règles en particulier du principe du contradictoire et des procédures et ne peut que conduire à un climat délétère dans l’établissement. En effet, « Dès que des manquements professionnels sont reprochés à un agent, il appartient au chef d’établissement de rappeler à cet agent par un courrier notifié par recommandé avec avis de réception à son domicile les faits précis et établis et à l’inviter à fournir des explications »11. Que penser d’un chef d’établissement qui ne respecte pas cette règle simple et salutaire, et même qui transmet au rectorat une lettre de parents d’élève qu’elle leur a elle-même commandée sans en avertir l’enseignant ? Que penser du rectorat qui diligente une inspection-sanction et d’un inspecteur pédagogique régional qui ne veut pas informer l’enseignant de quoi il est accusé ?

Concernant l’origine de la lettre, à l’époque j’ai eu des soupçons sur une élève dont la mère était enseignante de langue. Probablement une collègue donc, dont ni elle ni son l’enfant n’est venu m’entretenir de leurs griefs et qui s’est rendue complice de cette cabale.

Pour bien comprendre la teneur de cette lettre, je précise qu’effectivement je faisais cours le plus souvent sous forme de débats12. C’étaient les élèves qui choisissait en votant à l’unanimité soit un cours, soit un débat. C’étaient aussi les élèves qui proposaient les sujets et en choisissaient un en votant à la majorité. Lorsque le sujet était très polémique, je demandais si quelqu’un s’y opposait et si c’était le cas, nous prenions un autre sujet13. Les sujets dont parlent ces parents : « Dieu est-il un tube de vaseline ? », « le football est-il un sport de « gay »14 ? », « La législation du cannabis », « pour ou contre le port de la burka » ont donc tous été proposés et choisis par les élèves et aucun ne s’y est opposé. L’inspection, la quatrième en 11 ans, n’a pas permis de trouver quoi que ce soit qui aurait justifié une sanction disciplinaire envers moi.

Deux ans plus tard, le 10 juillet 2012, je suis convoqué par mon chef d’établissement qui m’a informé qu’il y aurait une plainte de parent(s) d’élève(s) auprès du rectorat15. Le 10 mai précédent, j’avais eu l’outrecuidance d’illustrer le propos de l’un de mes cours sur la question de l’État en faisant visionner à mes élèves un document vidéo sur l’expulsion brutale par la police, le 2 avril précédent, d’un campement de sans logis et mal logés mis en place depuis le 30 mars sur le parvis de Notre Dame à Poitiers. Comme il n’y avait rien dans le dossier, les flics ont rajouté que lors de la projection du document, j’aurais fait des arrêts sur image et donné le nom des policiers qui expulsaient violemment le campement des sans-logis et mal-logés. Mes élèves auraient reconnu le père d’une élève d’une autre classe et seraient allés « faire des remarques désobligeantes » à cette dernière. Comme il fallait s’y attendre, l’enquête administrative a tourné court puisque deux élèves ont témoigné que, si le document avait bien été diffusé, c’était dans le cadre du cours et que je n’avais ni fait des arrêts sur image ni donné les noms des policiers. D’ailleurs je n’aurais pas eu besoin de le faire puisque, le hasard faisant bien les choses, c’étaient ces deux élèves qui avaient reconnu le policier car ils étaient à l’époque, pour l’un le petit ami, et pour l’autre, l’ex-petit ami de sa fille. Il lui ont bien sûr dit qu’ils avaient vu son père sur la vidéo, ce qu’elle avait dû lui répéter. Selon mes informations, elle n’a pas été affectée par cette affaire. Pas de suites judiciaires mais cela peut nous interroger sur les mensonges et les manœuvres malveillantes de mon chef d’établissement, des parents d’élèves surtout si ce sont des commissaires de police, et du procureur.

Fin septembre-octobre 2012, le procureur Nicolas Jacquet, visiblement insatisfait du dénouement de ma convocation par mon chef d’établissement et de son courrier sans réponse au recteur16 (qui devait, selon mon chef d’établissement avoir d’autres chats à fouetter vu qu’il venait d’arriver sur son poste), à convoqué pour les auditionner, tous les élèves de cette classe (soit 32 !)17. Je préviens par >mail mon inspectrice de philosophie, avec copie à mon chef d’établissement, elle me répond : « Cher collègue, J’ai bien reçu votre courrier et l’ai lu avec attention. Je suppose que vous saurez saisir les instances susceptibles de vous défendre, si vous estimez être en droit de le faire; ce n’est donc pas pour cette raison que vous m’informez. Je  vous propose de venir me rencontrer si vous le souhaitez. Le plus difficile étant certainement de convenir d’un rendez-vous puisque je suis en charge de Poitiers et de Toulouse. Cordialement à vous ». En clair, elle me dit qu’elle ne fera rien pour moi sauf me rencontrer mais que ce sera difficile car elle n’a pas le temps ! Je lui réponds que je la remercie « de sa proposition de rencontre que j’accepte volontiers. Cette rencontre n’étant pas vraiment urgente, nous avons le temps de convenir d’un rendez-vous. Je vous mets en pièce jointe mon emploi du temps ». Elle ne donnera finalement pas de suites. Vu le traitement qu’elle m’a réservé par la suite, durant l’affaire suite aux attentats contre Charlie-Hebdo, peut-être a-t-elle bien fait !

Les flics ont commencé par interroger durant une heure et demie, je dis bien une heure et demie !, le petit copain et l’ex petit copain de la fille du commissaire puis quelques élèves (ceux dont les parents n’ont pas rouspété et critiqué le procédé) et, en fin de compte, ne trouvent rien à me reprocher et ne me convoquent même pas pour m’auditionner. Un véritable fiasco. Pas de suites donc sauf que le procureur, revanchard de n’avoir rien contre moi, a fait un second signalement à mon recteur des fois que ce dernier veuille me mettre en cause administrativement. Comme le recteur n’a toujours pas donné de suites, le procureur renverra son signalement une troisième fois, deux ans et demi après, début 2015, lorsque le recteur lui demandera de lui venir en aide concernant ma mise en cause pour apologie d’actes terroristes. Si ce n’est pas de l’acharnement en abusant de sa fonction ça…

Le 12 février 2014, mon chef d’établissement baisse ma note administrative pour des raisons « pédagogiques ». « Poitiers le 12 février 2014. Notation de M. Jean-François Chazerans Année scolaire 2013-2014. Je suis régulièrement interpellée par des parents d’élèves inquiets de l’insuffisance du contenu pédagogique des séquences proposées aux élèves de terminale en cours de philosophie [mais où sont donc les preuves de ce que mon chef d’établissement avance ?]. Par ailleurs peu de devoirs ont été réalisés au 1er trimestre, les élèves ayant la liberté de rendre des travaux. En début d’année Monsieur Chazerans s’est présenté à ses classes de façon provocatrice, ce qui a choqué plusieurs élèves. J’ai de nouveau été saisie par les parents concernant cette posture de l’enseignant [mais où sont donc les preuves de ce que mon chef d’établissement avance ?]. J’ai demandé à monsieur Chazerans de bien vouloir suivre les contenus et objectifs du programme actuellement définis, de préparer de façon plus sérieuse et consciencieuse ses élèves à l’enseignement de la philosophie et à l’examen du baccalauréat »18. Une pseudo inspection pédagogique de philosophie faite par mon chef d’établissement, prof d’histoire géographie, sur la base de racontars de parents, surtout qu’elle m’avait augmenté ma mote l’année précédente et que son appréciation était : « Monsieur Chazerans doit poursuivre sa réflexion pour répondre aux attentes de tous ces [sic] élèves19. Professeur assurant ses missions correctement ». Bien-sûr, malgré ma contestation argumentée de cette baisse de note, le recteur suivra mon chef d’établissement.

Il se trouve que j’ai pu avoir accès au compte-rendu interne de la FCPE du lycée Victor Hugo donnant les réponses de la proviseure du lycée aux questions des parents d’élèves le 17 janvier 2014 soit un peu moins d’un mois avant ma notation par mon chef d’établissement. Nous pouvons y lire : « T-S-3] Le professeur de philosophie est M. Chazerans. Comme chaque année, ses méthodes pédagogiques et les sujets abordés en cours entraînent beaucoup de questions de la part des parents, tout comme sa façon de préparer les élèves au BAC, par exemple à l’aide d’épreuves de 4h réparties en 2h en classe et 2h à la maison ». Réponse de Mme Poyer, la proviseure : « Le système des devoirs 2h classe + 2h maison n’est pas admissible. Mme Poyer va se renseigner plus avant. Elle souhaiterait avoir des retours plus précis de la part des parents de cette classe sur la façon dont se passent ces cours [souligné par nous].. Ben voyons, un chef d’établissement, je le rappelle, ancienne prof d’histoire-géographie, qui prépare la notation des profs de l’établissement avec une fédération de parents d’élèves et qui fait alliance avec eux pour fliquer un prof de philosophie, dans le but de le sanctionner en baissant sa note, on appelle cela comment ? L’école de la confiance bien-sûr !

En juin de la même année 2014, je suis blâmé. Quelle est cette « affaire » ? En mars, je discutais enseignement de la philosophie place d’Armes, avec une élève du Lycée qui était mon élève sans l’être puisqu’elle était venue quelquefois au cours d’accompagnement personnalisé. Arrive l’une de ses copines qui était elle aussi mon élève sans l’être20. Au bout de quelque minutes, cette dernière qui était en petit short et collants, nous dit que ses collants brillaient au soleil. Estimant qu’elle n’avait pas à dire cela devant moi et qu’elle ne s’en rendait pas compte, je lui ai dit que ce n’était pas ses collants qui brillaient au soleil mais ses poils. Elle m’a paru particulièrement vexée, m’a dit « ce n’est pas gentil ça monsieur » et est partie avec son amie. Elle aurait été mon élève, je lui en aurait reparlé au cours suivant mais c’était mon élève sans l’être. Aussi je lui ai envoyé le soir en rentrant chez moi, un message sur Facebook : « Salut […], pour me faire pardonner de ma blague « poilesque » de ce midi, que dirais-tu d’une petite discussion philosophique ? Comme Socrate dans Charmide et même si j’ai une petite idée de la réponse je souhaiterais savoir si la beauté de ton âme est en adéquation avec la beauté de ton corps [et j’ai mis en lien un texte du Charmide de Platon]. Qu’en dis-tu ? »21.

En fait, que m’a-t-on reproché, à moi qui n’apporterais aucun contenu de cours ? D’avoir fait une citation philosophique ! Et, avec une mauvaise foi caractérisée ou ayant l’esprit très mal placé, c’est selon, en interprétant cette citation à l’envers. Car, il aurait bien sûr été grave d’écrire « je verrais si la beauté de ton corps est en adéquation avec la beauté de ton âme ». Écrire l’inverse signifiait remettre les choses à leur place : dans la relation que devrait avoir une élève avec son professeur : du côté de l’intelligence, du côté de l’âme et non du corps. Mais là comme ailleurs c’est le recteur, juge et partie, qui décide tout seul à la fin. Je rappelle qu’un blâme ne nécessite pas la réunion d’un conseil de discipline et reste à la discrétion du recteur. Là comme ailleurs, je n’aurai pas dû lâcher. Mais, cela n’a pris de sens qu’à l’occasion de mon affaire de 2015. À l’époque, je n’avais pas vu le coup venir.

Et en janvier 2015, c’est l’apothéose : cette affaire délirante concernant les « propos inadéquats tenus en classe » qui n’est pas encore terminée aujourd’hui22. Du recteur à la proviseur en passant par les inspecteurs de la commission d’enquête administrative, tous annoncent à qui veut bien l’entendre, que plusieurs lettres de parents d’élèves ont été envoyées directement au rectorat. En fait, je n’ai pu prendre conscience de ce double mensonge que lorsque j’ai pu consulter mon dossier administratif le 13 février 2015 soit presque un mois plus tard. Cela a de quoi rendre fou – et c’est certainement l’un des buts de la manœuvre – durant un mois, j’ai tourné et retourné les choses dans ma tête n’arrivant pas à comprendre ce qu’il s’était vraiment passé et où j’étais en faute. Et puis ce soulagement lors de la consultation de mon dossier : il n’y a qu' »une et une seule lettre accusatrice d’un seul parent d’élève arrivée dans l’établissement. Et il m’a fallu attendre encore 15 jours, soit début mars lorsque j’ai pu consulter mon dossier pénal envoyé par le procureur au recteur pour le joindre à mon dossier administratif en vue de la commission de discipline23, pour savoir que l’élève à l’origine de la lettre de dénonciation a été la seule à entendre ces propos, et même qu’elle n’écoutait pas et n’a pas compris. Contrairement aux précédentes interventions de parents auprès des proviseurs que j’ai subies, qui émanaient soit d’enseignants soit de membres de la FCPE24, les parents de cette affaire, femme de ménage et employé, n’ont pas vraiment le profil des parents interventionnistes issus de la bourgeoisie intellectuelle et / ou catholique de gauche du centre-ville de Poitiers. Nous avons vu que ces derniers avançaient masqués en évitant de s’exposer personnellement. Dans le cas de ces parents de l’affaire de 2015, je fais l’hypothèse qu’ils ont cherché à singer et à faire mieux que leurs maîtres quitte à se mettre en danger25.

Rappelons ici l’ignominie de l’attitude des deux inspecteur de l’enquête administrative et de leur rapport. N’ayant rien à me reprocher, ils en sont venus à m’attaquer en l’écrivant noir sur blanc, sur ma manière de m’habiller et mon hygiène : « Monsieur Chazerans est un professeur de philosophie à la dérive, ce qui se voit aussi dans son habillement et sa tenue ». Il va sans dire que si j’avais vraiment été «un professeur de philosophie à la dérive », il aurait été plus responsable de me venir en aide et non pas de chercher à me faire couler pour m’achever. « Élimination lente » comme le précise la psychiatre Catherine Herszberg à propos du documentaire Un monde sans fous26 ? « Extermination lente » comme en parle Jean Oury à propos du même documentaire27 ? Une preuve supplémentaire s’il en fallait encore, des techniques managériales destructrices qui ont cours dans l’Éducation nationale et qui sont tout sauf  « neutres ».

Sans parler du scandale de l’instrumentalisation des élèves par le procureur de la république. Il n’y avait rien dans le rapport administratif, mais il va quand même lancer une procédure à mon encontre pour «apologie d’actes terroristes » espérant certainement glaner d’autres choses qui pourraient m’être reprochées. Évidemment il ne trouva aucune trace d’un quelconque début d’apologie d’actes terroristes mais, au terme d’un exercice très périlleux – et particulièrement imbécile -, il proposa un résumé caricatural de deux heures de cours en deux phrases. En effet, il écrit sans rire dans son communiqué que je n’aurais pas « hésité à traiter les journalistes de Charlie-hebdo de « crapules » et à assimiler les militaires français engagés sur des opérations extérieures à des terroristes » ce qui aurait choqué des élèves dont les parents étaient des militaire28. Là aussi le trait a été grossi puisqu’il n’y avait qu’une seule élève dans la classe dont les parents étaient des militaires qui étaient intervenus au Mali et, malgré ce que beaucoup ont cru comprendre (y compris la presse), ce n’était pas l’élève à l’origine de la dénonciation calomnieuse. Et outre le fait que ces propos ne sont pas du tout « illégaux », il occulte malignement le contexte dans lequel ils auraient été prononcés et par qui29>.

Mai 2017, revenant de plus d’un an et demi de congés maladie, le rectorat a la bonté de me trouver un poste près de chez moi, au lycée Aliénor d’Aquitaine, pour même pas deux mois. J’ai compris que c’était un cadeau empoisonné lorsque j’ai été convoqué par mon chef d’établissement car les élèves d’une classe se sont plaints de mes cours. Le collègue que je remplaçais m’avait prévenu. Il n’arrivait pas à faire vraiment cours avec cette classe, beaucoup trop d’inattentions et de bavardages. Et même lorsqu’il leur a annoncé son départ en congé pour une très grave maladie, les élèves ne l’ont écouté et ne se sont bien comportés que 10 mn. Il s’était résolu à distribuer des textes d’un cours sur l’autre. Évidemment, il y avait des élèves sérieux dans cette classe mais ils étaient phagocytés. par les autres. Ce sont certainement ces élèves sérieux qui ont trouvé en mon cours un parfait bouc émissaire du dysfonctionnement de la classe. A moins que ce soit directement la proviseure, membre de ma commission de discipline qui m’avait banni de Poitiers et amie de ma proviseur du lycée Victor Hugo, qui a cherché à amender mon dossier pour mon inspectrice. Quoi qu’il en soit les élèves ont écrit un rapport me concernant30. Et, sur cette base, suite logique de l’acharnement de l’institution envers moi, j’ai été convoqué au rectorat par mon inspectrice et la DRH pour me signifier que j’étais un bien mauvais prof.

Fin novembre 2017, je me sens sombrer dans mon second burn up. Je vais voir mon chef d’établissement et le préviens que je vais me faire arrêter jusqu’aux vacances de Noël et que je ne reviendrais probablement pas après. La veille des vacances, mon inspectrice vient visiter mes classes hors de ma présence vu que je suis en arrêt maladie. L’affaire aurait pu s’arrêter là. Mais six mois plus tard, étant toujours en arrêt maladie, le rectorat me fait parvenir son rapport de visite à charge, mettant en doute à demis-mots la réalité de mes congés maladie, et me faisant passer pour un obsédé sexuel qui ne sait pas enseigner la philosophie31. Encore une façon de me faire couler pour m’achever ? Manque de chance pour elle, j’ai obtenu 18 mois de congé longue durée, principalement parce le médecin conseil mandaté par la commission médicale des Deux-Sèvres a jugé que c’était du harcèlement et a classé le rapport de l’inspectrice dans les pièces de mon dossier médical.

Il y a certainement plus à craindre des attaques de l’extrême-droite32 que de celles des « islamistes ». Si Samuel Paty a subi une cabale de la part de parents d’élèves « islamistes », pour ma part, j’ai quand même reçu une lettre anonyme33 et, à ma connaissance, j’ai n’ai eu les honneurs haineux que d’un site internet, Jeune Nation34. Ces attaques n’ont pas eu de conséquences dramatiques pour moi, certainement parce qu’elles n’ont pas eu d’écho sur des fachos fanatiques. Et, pour un prof, il y encore plus à craindre des attaques de son institution. Le rectorat et ses hommes et femmes de main, chefs d’établissements et inspecteurs, instrumentalisant les élèves et leurs parents, et aidés par la justice et la police, peuvent tout faire pour le « neutraliser » voire l’éliminer carrément. Tout en en étant fiers !35

Cet article est écrit en souvenir de Riccardo Scantamburlo-Vigilia bien-sûr mais aussi en celui de Vincent Guicharnaud lui aussi professeur au lycée Victor Hugo de Poitiers et décédé le 11 février 2018 à 53 ans d’un arrêt cardiaque lors d’un match de rugby en Écosse36. Il est bien commode de croire que c’est le rugby qui l’a tué. Ne pouvons-nous pas plutôt penser que c’est le rectorat et ses méthodes de gestion du personnel ? Quelques temps avant son décès, suite à la dénonciation par des élèves de certains de ses propos, il a subi une inspection-sanction qui s’est très mal passée et qui l’a énormément affecté. La dernière fois que je l’ai croisé et qu’il m’a raconté son histoire, il était complètement en dépression. Élimination lente. Justice doit leur être rendue, à lui, à Riccardo et à tous les autres.

 

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3 Rapport d’inspection sur l’affaire Paty : « Une formidable ouverture de parapluie ! » https://www.lexpress.fr/actualite/societe/affaire-paty-le-rapport-de-l-inspection-generale-comporte-bien-trop-de-non-dits_2140277.html

4 Voir Mathieu Rigouste, L’ennemi intérieur, La Découverte, « Poche / Essais », 2011, 364 pages. Nous avons l’exemple de ces procédés destructifs avec les sanctions des 4 de Melle et des 3 de Bordeaux. Alors que le sang de Samuel Paty avait à peine séché, la rectrice de Poitiers a pris des sanctions scélérates malgré les avis des commissions de discipline, en particulier un déplacement d’office d’ une enseignante à 70 km de chez elle au cours de l’année scolaire qui a forcément des conséquences personnelles dramatiques. Et, je suis bien placé pour anticiper le harcèlement voire l’acharnement dont peuvent être victimes ceux qui osent tenir tête à la hiérarchie, en particulier le fait pour mon jeune collègue titulaire sur zone de remplacement qui été sanctionné contre l’avis de la commission de discipline qui a voté majoritairement pour aucune sanction, d’une rétrogradation d’échelon (il repasse à l’échelon 1) qui n’est plus en poste complet sur le lycée de Melle, mais sur deux lycées différents. Pas besoin de lui couper la tête, l’usure générée par les conditions difficiles d’enseignement fera certainement son effet ! [Note de janvier 2011 : le Tribunal administratif de Poitiers a fait subir un gros revers à la rectrice en cassant le déplacement d’office et en réintégrant cette collègue dans son poste. Les autres recours sont en cours].

5 Voir mon article : Récapitulatif du harcèlement à mon encontre https://chazerans.fr/2020/07/recapitulatif-du-harcelement-a-mon-encontre/

6 « Les élèves doivent être fermement engagés à effectuer ces travaux et ces exercices, selon un rythme régulier. En ce qui concerne les dissertations, la périodicité suivante est recommandée : dans la section A, par trimestre, trois dissertations en temps libre et une épreuve en temps limité ; dans les autres sections terminales, par trimestre, deux dissertations en temps libre et une épreuve en temps limité. Cette périodicité concerne le travail des élèves ; quand le nombre des copies est élevé, il est recommandé, plutôt que de réduire la fréquence des dissertations, d’alléger le travail de correction. Quant aux exercices, leur périodicité peut varier selon les cas ; toutefois, il convient de prévoir pour la section A au moins trois exercices par mois et, pour les autres sections, au moins deux exercices par mois. Les élèves sont invités à consigner les exercices et les comptes rendus dans un cahier distinct du cahier de cours qui doit toujours laisser apparaître la continuité et l’ordonnance de l’enseignement. Le contrôle des cahiers et des travaux autres que la dissertation s’effectue aisément en classe et n’alourdit pas la tâche du professeur ». Circulaire n° 77­417 du 4 novembre 1977 – Instructions concernant le travail des élèves.

7 Le hasard faisant bien les choses cette réforme permet de pouvoir se passer de 7% des enseignants de philosophie soit de la totalité des non titulaires !

8 Ma précédente inspection commandée par Yves Debien avait conduit à augmenter ma note et me faire promouvoir au grand choix !

11 Obligations des personnels enseignants du second degré des personnels d’éducation et d’orientation et action disciplinaire, Ministère de l’éducation nationale, D.P.E. – Cellule des affaires contentieuses et disciplinaires https://blog.juliendelmas.fr/IMG/pdf/obligations_des_personnels_enseignants_du_second_degre_des_personnels_d_education_et_d_orientation_et_action_disciplinaire_-_dpe_2000.pdf, p. 33.

12 Le tout débat, Cahiers Pédagogiques, n°432, avril 2005 https://chazerans.fr/2005/04/le-tout-debat-cahiers-pedagogiques-n432-avril-2005/

14 Sujet probablement proposé par un élève homosexuel qui en avait marre de se faire harceler par ses camarades hétérosexuels et néanmoins footballeurs.

15 Ce qui était très certainement encore un gros mensonge de sa part vu que le courrier du procureur du 1er juin 2012 ne se trouve pas dans mon dossier administratif.

16 Poitiers le 09 novembre 2012
Le procureur de la République près le TGI de POITIERS à M. le Recteur
Je fais suite à ma précédente transmission du 01 juin 2012 relative à la plainte de M. le Directeur Départemental de la Sécurité Publique (DDSP) de la Vienne visant M. Jean-François CHAZERANS, professeur de philosophie au lycée Victor Hugo de Poitiers, du chef d’atteinte à la représentation des personnes.
Dans son signalement, le DDSP relate la projection par ce professeur dans le cadre de ses cours, d’une vidéo relative à l’évacuation par les services de police de POITIERS, à la demande de la Mairie, d’un campement illicite installé sur la place Notre Dame à POITIERS.
Comme convenu avec votre prédécesseur, j’ai l’honneur de vous faire tenir ci-joint une copie de l’enquête diligentée à ma demande par le SRPJ de Poitiers aux fins de recueillir les déclarations des élèves ayant assisté au cours de M. CHAZERANS, le 10 mai 2012.
Il ressort de ces déclarations que M. CHAZERANS, par ailleurs principal responsable du DAL 86 et animateur de la manifestation susmentionnée, a effectivement projeté un film tiré de ses activités militantes, pour tenter de convaincre ses étudiants de terminale ES de la légitimité de son action et de ses convictions telles que relatées dans le document remis le 10 juillet 2012 à Mme la Proviseure du Lycée Victor Hugo.
Cette initiative et le discrédit volontairement jeté lors de cette séance pédagogique par cet enseignant sur les Institutions de la République, notamment les services de police de POITIERS, ont suscité localement une légitime émotion, en particulier [anonymé], commissaire de police, dont la fille se trouvait scolarisée au sein de cet établissement et à laquelle les faits ont été rapportés par ses camarades qui l’avaient identifié sur la vidéo ainsi projetée.
Je tenais à porter à votre connaissance ces éléments afin de vous mettre en mesure d’apprécier des éventuelles suites administratives que cette affaire pourrait justifier.
Le procureur de la République Nicolas JACQUET

17 À Poitiers les inspections pédagogiques des profs de philo se font dorénavant par la police https://dal86.fr/2012/11/07/a-poitiers-les-inspections-pedagogiques-des-profs-de-philo-se-font-dorenavant-par-la-police/

19 J’ai compris beaucoup plus tard que ce qui m’était reproché c’était de me préoccuper plus des « mauvais » élèves que des « bons », de faire de la pédagogie différenciée et, vu les effectifs pléthoriques des classes, considérant, ce qui se basait sur des constats de ma part, que les bons élèves avaient beaucoup moins besoin de moi que les mauvais, de me préoccuper en priorité de ces derniers.

20 Que sa mère soit l’ancienne présidente de la FCPE du lycée n’est peut-être pas indifférent…

22 Liberté d’expression, vous avez dit liberté d’expression ! https://chazerans.fr/2020/11/liberte-dexpression-vous-avez-dit-liberte-dexpression/

23 Le dossier pénal de 88 pages, contient quatorze auditions dont la mienne : proviseure du Lycée (27/01) ; l’élève (28/01) ; sa mère (28/01) ; les deux inspecteurs du rectorat (30/01) ; cinq élèves TES3 (Les 03/02 et 04/02) ; un prof (04/02) ; un élève de TSTGM1 (05/02) ; trois autres élèves de TES3 (du 12/02 au 18/02) ; la mienne (26/02). Aucune des auditions, sauf celle de l’élève à l’origine de l’affaire, n’a confirmé que j’aurais dit : « Ces crapules de Charlie Hebdo ont mérité d’être tués ». Le procureur n’avait donc aucune raison de placer me huit heures en garde à vue et de me faire subir une audition de cinq heures. Une simple audition libre dans laquelle j’aurais confirmé, ce qui apparaissait dans le dossier, que je n’avait pas dit la phrase incriminée, aurait suffit. Pourquoi alors persister ? Parce que lors de mes huit heures de garde à vue, j’ai subi une très éprouvante pseudo inspection pédagogique menée par des enquêteurs très professionnels et pas n’importe lesquels, puisque c’étaient le commissaire directeur de la police judiciaire de Poitiers et son second comme secrétaire, un commandant, qui ont l’habitude de cuisiner les délinquants. Même les plus dangereux d’entre eux n’ont pas droit à un tel régime de faveur. Sur les cinq longues heures d’interrogatoires, à peine une demie heure a été consacrée au délit « d’apologie d’actes terroristes ». Les quatre autres heure et demie ont consisté à faire mon inspection pédagogique ! Tout y est passé, ma vie privée, ma méthode, le programme, le nombre de devoirs que je donnais aux élèves, ma notation…

24 La FCPE tout comme la PEEP, m’a soutenu durant cette affaire, publiant une lettre ouverte au recteur et allant à l’entrevue désagréable qu’il leur a proposée.

25 La mère d’élève lors de son audition de au commissariat le 28 janvier 2015 exprime son désarroi : « Pour moi ces propos sont un peu forts pour des lycéens de cet âge. J’ai voulu le signaler au proviseur et j’aurais aimé qu’elle me contacte pour m’en parler. En fait elle a lancé une procédure qui dépasse totalement ce que je voulais faire. Je n’ai jamais demandé quoi que ce soit contre le professeur. Je n’ai pas demandé non plus à ce que tout soit médiatisé comme cela l’est actuellement. Pour vous répondre, je n’ai jamais rencontré M; Chazerans et je n’ai jamais entendu parler de lui. Je voulas juste avertir la proviseur de ses propos. […] J’aimerais que la proviseure communique dans son lycée pour faire la part des choses ».

29 Comme je l’ai déjà expliqué dans « Liberté d’expression, vous avez dit liberté d’expression ! » « Je rappelle à toutes fins utiles, comme je l’ai expliqué lors de la commission de discipline du 23 mars 2015, qu’en cours de philosophie on distingue toujours opinion d’un côté et thèse ou jugement critique de l’autre : une thèse est argumentée et reste ouverte à la discussion, du fait justement qu’elle est argumentée. Une opinion ne l’est pas. En cours de philosophie, j’accompagne mes élèves dans l’apprentissage de la pensée. Entre autres, je les aide à sortir de l’opinion, à argumenter des thèses et, le cas échéant à les réfuter. Comment alors peut-on m’accuser d’avoir tenu en classe des « propos inadéquats », puisque nous sommes dans un travail de la pensée ? Ces « propos » (deux ou trois phrases sur deux heures de cours ), ont été, au mieux extraits de leur contexte, au pire complètement incompris. Surtout comme il s’agissait d’un débat, ont-ils bien été prononcés de la sorte ? Et, si c’était vraiment le cas, est-ce un élève ou moi qui les ai dits ? Et si cela avait été moi est-ce que je ne soutenais pas une thèse avec laquelle je n’étais pas personnellement d’accord ? Est-ce que je ne reformulais pas les propos d’un élève ? Est-ce que je ne faisais pas de l’ironie ? Comme l’a écrit La Parisienne Libérée  : « Je vous signale, sur un plan plus théorique, que la construction d’un propos philosophique nécessite de pouvoir énoncer sans crainte des positions diverses et de formuler des hypothèses, éventuellement inadéquates, pour les confronter, y adhérer un temps et les contredire ensuite, ou l’inverse. Bref, philosopher implique de pouvoir s’exprimer librement afin d’élaborer une pensée complexe. Je vous signale que la traque obsessionnelle de l’apologie (du terrorisme ou de toute autre chose, d’ailleurs) implique logiquement l’interdiction pure et simple de philosopher. C’est une mesure envisageable, mais qu’il faudrait assumer plus clairement ». Au contraire juger DE L’EXTERIEUR comme le fait le rectorat qu’un propos serait inadéquat ne peut relever que de la propagande – justement ce qu’il m’est reproché – et contrevenir à ma liberté pédagogique et d’expression ». https://chazerans.fr/2020/11/liberte-dexpression-vous-avez-dit-liberte-dexpression/

31 Rapport de visite des classes de M. Chazerans le 21 décembre 2017 https://chazerans.fr/2017/12/rapport-de-visite-des-classes-de-m-chazerans-le-21-decembre-2017/

32 Voir par exemple, L’extrême droite attaque une librairie anarchiste à Lyon et fait deux blessés https://rapportsdeforce.fr/breves/lextreme-droite-attaque-une-librairie-anarchiste-a-lyon-et-fait-deux-blesses-12138878?fbclid=IwAR2xZ3gJ9Bg76eb9X6Mnv-lS8D_DE8dVIb7XE1lJ0NG944OrzgMCnVG6Hkw « Combien d’attaques, combien d’agressions devront avoir lieu, combien de blessé-e-s devrons-nous dénombrer, pour qu’enfin des mesures soient prises contre ces groupuscules ? Ou peut-être devrons-nous attendre un.e mort.e ? Le laissez-faire envers ces militants d’extrême droite est insupportable », dénoncent ensemble dans un communiqué l’Union communiste libertaire de Lyon et le syndicat Solidaires du Rhône.

34 Pas de procès pour Jean-François Chazerans, l’enseignant proterroriste (et d’extrême gauche) de Poitiers, le 28 février, 2015 https://jeune-nation.com/actualite/actu-france/17267-pas-de-proces-pour-jean-francois-chazerans-lenseignant-proterroriste-et-dextreme-gauche-de-poitiers
Les juges rouges ont multiplié les procès à travers la France pour de prétendues « apologies d’actes terroristes » depuis janvier. De simples visuels sur Facebook, de simples remarques à des policiers, ou des SMS envoyés à des amis. Pour avoir crié « 100 % Kouachi », un occupant de Nice a écopé de six mois de prison. L’humoriste africain Dieudonné, pour avoir simplement énoncé « Je me sens Charlie Coulibaly » risque 30 000 euros d’amende ou 200 jours de prison : c’est ce qu’a réclamé un procureur de Paris, Annabelle Philippe, lors de réquisitions dignes d’un procès de Moscou. Les nationalistes n’échappent pas à cette vague de répression : Yvan Benedetti, le directeur de Jeune nation, devra affronter la justice d’occupation pour ce motif.
Ce ne sera pas le cas au contraire de Jean-François Chazerans, enseignant d’un lycée de Poitiers, qui non seulement avait fait l’apologie d’actes terroristes, mais l’avait fait le lendemain des attentats, jour de « deuil national [sic] » en France. Autre circonstance aggravante : il avait délivré son message antifrançais devant une classe de lycéens, usurpant son autorité de professeur pour faire passer un message politique. Mais les juges rouges qui par ailleurs vont très au-delà de ce qui dit la loi ont cette fois estimé que :
« les propos imputés n’apparaissent pas, en eux-mêmes, constitutifs du délit d’apologie d’actes de terrorisme prévu par l’article 421-2-5 du Code pénal qui impose de présenter des actes de terrorisme sous un jour favorable. Ils ne pourront donc pas faire l’objet de poursuites pénales » a prétendu le procureur. Selon que vous serez admirateur de Staline et de Marx ou de Jeanne d’Arc et de Charles Martel, la justice vous relaxera ou vous persécutera…
Pour bien comprendre la décision de la justice républicaine, il faut préciser que s’il a défendu et repris les thèses complotistes des islamistes, ce professeur est un activiste d’extrême gauche. Et s’il a justifié les meurtres commis par les islamistes, il l’a fait en attaquant la France et ses militaires, qui sont pour lui des « terroristes ». Dans une République où des magistrats peuvent traiter de « con » les parents de victimes de meurtres sauvages, il apparaît logique qu’il reçoive l’absolution de ses juges antifrançais.
Bénéficiant de la complicité des juges rouges, de la presse et du gouvernement, l’extrémiste antifrançais Jean-François Chazerans ne sera pas jugé

35 Le 21 février 2019, la DRH du rectorat de Montpellier devant une cinquantaine de personnes réunies dans l’enceinte du lycée Jean-Moulin de Béziers, et alors que six personnes se sont donné la mort en quelques années, qui plus est juste quelques semaines après le suicide de la conseillère pédagogique d’éducation de cet établissement, a dit : « Pensez à l’euthanasie si les reconversions proposées ne vous conviennent pas » ». https://www.midilibre.fr/2019/06/26/beziers-a-jean-moulin-lattitude-de-la-drh-fait-bondir-le-personnel,8278959.php

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