15 juillet 1962, exode d’Algérie   Mise à jour récente !


Vue aérienne de Bône

Le 15 juillet 1962, quatre mois après la naissance de mon frère, nous quittions l’Algérie comme des voleurs que nous étions d’ailleurs. La valise ou le cercueil ! Je me souviens très bien encore aujourd’hui du jour de la fuite hors de l’Algérie. Pendant longtemps je n’ai pas su que ce souvenir se rattachait à ce jour là. Je ne l’ai appris que bien plus tard. Je ne me souviens pas quand j’en ai parlé à ma mère et qu’elle me l’a dit. C’était durant ma psychanalyse et je devais avoir quarante-cinq, cinquante ans. Je me souviens que nous étions dans l’avion. Contrairement à mes souvenirs d’avant, je ne me vois pas. Nous sommes avec ma mère et ma tante Arlette, une jeune sœur de mon père que ma mère avait faite venir pour s’occuper de mon frère après sa naissance ce qui, pensait-elle, limiterait ma séparation avec elle. Nous sommes au premier rang de l’avion, sur la gauche. Mon frère est dans son couffin posé à nos pieds. Je vois ma tante avec ce que j’ai longtemps interprété comme un sourire. Mais, à la réflexion et compte tenu de la situation, je ressens et comprends aujourd’hui que c’était de la trouille. Une immense inquiétude, une peur intense se lisaient sur son visage. J’ai appris plus tard, que l’avion était si chargé qu’il n’arrivait pas à décoller et que le pilote avait fait plusieurs tentatives. Mais aussi que nous laissions mon père derrière nous, il restait avec sa mère pour régler les dernières affaires, et nous le reverrons que trois mois plus tard. C’était l’horreur que je lisais sur son visage. Elle était terrorisée. Et je l’ai refoulé. Et j’ai refoulé les émotions extrêmes que ça suscitait en moi.

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