Les secrets de famille, Anne Ancelin Schützenberger, Ghislain Devroede, Ces enfants malades de leurs parents


« Il y a secret et secret. Chaque être humain a droit à son « jardin secret » et à son intimité. Chacun a le droit et le devoir de se préserver – y compris de sa propre famille. Personne ne doit « toute la vérité » à personne […].
Mais garder un secret pour le « bien » de ses enfants, c’est souvent leur faire grand tort. Les secrets de famille peuvent être dévastateurs. Assassinat, viol, inceste, avortement, faillite, ivrognerie, maladie mentale, séjour en prison, origine ethnique, appartenance politique ou religieuse… Quelle que soit la honte attachée à un événement gardé secret, elle reste en deçà de ce que les enfants ou les petits enfants qui cherchent la « vérité » vont pouvoir imaginer. » Anne Ancelin Schützenberger, Ghislain Devroede, Ces enfants malades de leurs parents, Petite Biblio Payot, p. 23.

« Une « loyauté familiale invisible » mais pesante amène certains à être sensibilisés à des événements survenus à tel âge, telle date, telle période, et à être fragilisés à ces moments-là au point de tomber malade ou d’avoir un accident. Certes, une femme peut développer une maladie mentale lorsque son enfant atteint l’âge qu’elle avait elle-même le jour où, dans des circonstances tragiques, sa propre mère est morte, où a été internée en hôpital psychiatrique ou hospitalisée (le syndrome d’anniversaire), le lien est statistiquement significatif de grand-mère à mère et fille selon Joséphine Hilgard.
Mais l’être humain ne dispose pas seulement de son psychisme pour s’exprimer.
Nous nous exprimons avec des mots mais aussi avec le langage du corps, la mimique, la posture, l’habillement, la sexualité, les émotions, l’utilisation de l’espace et du temps… et nos silences ». Anne Ancelin Schützenberger, Ghislain Devroede, Ces enfants malades de leurs parents, Petite Biblio Payot, p. 24.

« Il est important de bien expliquer ce qu’est un secret de famille, pour que l’on cesse de penser qu’il s’agit, forcément, de quelque chose de « honteux » que l’on tait volontairement.
Il faut bien comprendre que l’on ne dit jamais « tout » à tout le monde.
Chacun (les parents comme les enfants a en effet droit à son jardin secret. Il y a des secrets normaux. Par exemple, les enfants savent bien que les parents ont une vie affective et sexuelle, derrière les portes closes – et c’est considéré comme normal.
Le secret de famille nocif est un non-dit, avec l’interdiction de savoir et de laisser voir qu »on sait (double contrainte). Cela constitue un clivage de la personnalité. Mais c’est essentiellement quelque chose de douloureux pour les parents ou les grands parents, leurs parents ou la parentèle, quelqu’un de proche par le cœur ou qui fait fonction de parent (mère nourricière, seconde épouse du père ou du grand-père).
Cette souffrance non-dite, non mise en mots, souvent parce qu’on n’a pas trouvé comment la dire, ou que, socialement, il a bien fallu la taire, cette souffrance du parent ou du grand-parent, comme le clivage ainsi constitué, sont deux composantes essentielles de la dynamique du secret nocif, taraudeur et dont le fait caché finit souvent par devenir répétitif, tel un ressac ou comme le disent les Anglo-Saxons, telle une pomme de terre brûlante (hot patatoe) qui échappe des mains et passe, en les brûlant au passage, de main en main…
Il s’agit souvent d’un événement qu’une personne a vécu mais dont elle ne veut pas ou ne peut pas se souvenir parce qu’il est trop douloureux d’y repenser et qu’elle tente de fuir le souvenir par tous les moyens (un auteur, l’actrice Annie Duperey, l’appelle « le voile noir »).
Ce qui traumatise l’enfant d’un parent ou d’une famille à secrets, c’est qu’il pressent qu’il y a quelque chose d’important dans la famille dont il est tenu à l’écart, et donc qu’il ne lui reste qu’à essayer de le deviner tout en étant obligé de faire comme s’il n’en savait rien. Car l’enfant devine et pressent toujours qu’on lui cache quelque chose. Mais il n’a aucune possibilité de deviner ce que c’est. Il fait donc des constructions imaginaires qui majorent d’autant plus son angoisse. » Anne Ancelin Schützenberger, Ghislain Devroede, Ces enfants malades de leurs parents, Petite Biblio Payot, pp.139-141.

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