Poitiers le 12 novembre 2010
Jean-François Chazerans
Président des centres socio-culturels des 3 Cités
86000 POITIERS
Par la présente, je vous informe que je démissionne de ma fonction de président de l’association des Centres Socio-Culturels des 3 Cités.
En effet, la mairie m’a fait avertir d’abord mercredi 3 novembre, par téléphone, par Nathalie Rimbault Raitière, adjointe chargée des maisons de quartier et élue représentant la ville au conseil d’administration du Centre, qu’il y avait un problème avec la tenue du Forum antirépression dans la salle place de France. Elle m’a aussi assuré qu’il n’y avait pas (ou plus) de menaces de la part de la préfecture sur les subventions CLAS. Puis le lendemain, par mél Claude Thibault, élue du quartier représentant la ville au conseil d’administration du Centre, m’a prévenu que la préfecture menacerait gravement le CSC des 3 Cités. D’après Claude Thibault, selon Mathias Aggoun, directeur de cabinet du Maire de Poitiers, et Francis Challard, 2ème adjoint aux finances et au personnel du conseil municipal, si le Forum antirépression des 13 et 14 novembre se tient dans la salle prêtée par le CSC Place de France, l’État risque (très fort) de supprimer les subventions de la Maison de quartier, soit après vérification auprès de la direction du Centre, quelques 60 000 €. Ils ont même rajouté que si ces subventions sont supprimées, le CSC des 3 Cités ferme. Mathias Aggoun, m’a confirmé personnellement au téléphone cette menace en me précisant que je ne pouvais pas être à la fois président d’une maison de quartier ET participant actif du comité antirépression ET que le Forum antirépression se tienne dans une salle prêtée par cette maison de quartier. Il m’a proposé de faire le Forum antirépression aux salons de Blossac.
Devant cette menace aux subventions, ce chantage odieux, devant ces amalgames malveillants et devant le peu de cas qui est fait de ma liberté de conscience et d’expression, pour protéger le Centre, j’ai décidé de démissionner de ma fonction de président de l’association des centres socio-culturels des 3 Cités.
Cette menace de suppression des subventions est une nouveauté mais n’est pas une première. C’est une nouveauté parce que, dans nos rapports quelquefois tendus avec les institutions, jamais elles ne s’étaient laissées aller à une telle extrémité. Ce n’est pas une première car récemment le directeur du Centre avait été averti par Nathalie Rimbault Raitière, adjointe chargée des maisons de quartier et élue représentant la ville au conseil d’administration du Centre, que, suite à quelque chose que j’aurais écrit en tant que président du Centre concernant la répression (je n’en sais toujours pas plus) le maire allait me faire un courrier. Le directeur du Centre avait ensuite été averti officieusement par deux personnes de confiance, que suite à une pétition que j’aurais signée en tant que président du Centre, la préfecture supprimerait les sugventions CLAS soit 14 000 €. Au jour d’aujourd’hui nous n’en savons pas plus sur la réalité de ces menaces.
Lors de la réunion du lundi 8 novembre à la mairie de Poitiers en présence des présidents, des administrateurs et des directeurs des maisons de quartiers de Poitiers, non sans mal et sans avoir été coupé plusieurs fois, j’ai annoncé cette décision à M. le député maire de Poitiers M. Alain Claeys. Et nous avons enfin eu une information officielle à ce sujet.
Ce n’est pas le préfet mais le maire de Poitiers qui considère que l’on, ou mieux, que JE ne peux pas être président d’une maison de quartier et au comité antirépression. Le maire a dit que les positions du Comité antirépression ne lui plaisent pas du tout et a pris comme exemple l’un des derniers communiqués tracts « Poitiers ville occupée » dans lequel, entre autre, l’augmentation de la police municipale est critiquée.
Le problème quand même c’est qu’il n’y a pas eu un mot du maire de Poitiers sur les subventions. Qu’en est-il de la menace de Messieurs Aggoun et Chalard que « l’Etat risque (très fort) de supprimer les subventions de 60 000 € de la Maison de quartier » ?
Et quelle est donc la position du maire de Poitiers ? Irait-il jusqu’à supprimer les subventions ville, soit 500 000 €., si j’étais resté président du Centre et au comité antirépression ?
Nous avons vraiment pris au sérieux les menaces du secrétaire général de la préfecture, Philippe Setbon, qui étaient colportées par la Ville car il est coutumier du fait. Ce n’est certainement pas une menace en l’air car :
– il a torpillé l’association Sanza en lui supprimant ses subventions quelques mois pour sa médiatrice culturelle ;
– il a carrément torpillé une maison de quartier de Poitiers, le Toit du monde, « contrainte de licencier six salariés et de réduire le temps de travail de cinq autres sur les dix-sept qu’elle compte » et de passer de 5 secteurs d’activité à 31, qui a « perdu plus de la moitié de nos crédits, soit environ 100.000 €, précise Hubert Dujardin, le président de Toit du monde. L’an prochain, on s’attend à n’avoir rien du tout » 2 parce que, selon Jean Philippe Setbon, elle « offrait des prestations qui allaient bien au-delà des obligations légales et tout ça sur des crédits publics »3 ;
– il a essayé l’année dernière de supprimer les subventions des maisons de quartier pour le Contrat Local d’Accompagnement à la Scolarité car nous avions fait une conférence presse pour dénoncer les pratiques de la préfecture.
– quand il était sur la Seine saint Denis il a torpillé l’association Africa parce qu’elle avait publié un bulletin dans lequel un article « présentait les Etats-Unis comme le « pire régime » qui soit » et qui avait été trouvé dans ses locaux « à deux reprises, des « tracts et banderoles violemment antiaméricains » ou « hostiles à l’Etat d’Israël » »4.
Pour ce qui est de la censure de la mairie; d’abord, sur le fond, la position de la Ville ne semble pas différente de celle de la préfecture. Pourquoi être à la fois président d’une maison de quartier ET participant actif du comité antirépression ET que le Forum antirépression se tienne dans une salle prêtée par cette maison de quartier ne se pourrait-il pas ? Le Comité antirépression n’a pas de buts illégaux et il n’est pas interdit. Le Forum antirépression de l’année dernière a été une réussite. De plus, nous avons déjà vu des élus faire parti de collectifs aussi mals vus de la préfecture que le Comité antirépression. Et, avoir sa carte du PS n’empêche pas d’être président d’une maison de quartier, ni d’ailleurs d’être maire. Alors, pourquoi s’engager dans le comité antirépression serait-il incompatible avec le fait d’être président d’une maison de quartier ? Pourquoi organiser le Forum antirépression dan la salle du Centre dont on est président serait « mélanger les genres » ? N’est-ce pas parce que les menaces aux subventions dont nous avons parlé plus haut sont fondées ?
On peut penser que le Centre s’est trouvé dans un conflit qui n’est pas le sien. Mais, si ses actions sont bien en direction des habitants des 3 Cités, la salle qu’il gère pour la municipalité est aussi au service des habitants de Poitiers.
Pour finir, c’est avec regret qui je démissionne. Je sais la valeur des habitants des 3 Cités et du Centre, je sais tout ce que fait le Centre et je suis fier d’en avoir été le président durant ces 4,5 dernières années.
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1 http://www.poitiers.maville.com/actu/actudet_-Bouffee-d%E2%80%99oxygene-pour-le-Toit-du-monde-_loc-1077042_actu.Htm
2 http://www.poitiers.maville.com/actu/actudet_-Toit-du-monde-l%E2%80%99imbroglio-de-l%E2%80%99accueil-des-etrangers-_loc-1344735_actu.Htm
3 http://www.france-terre-asile.org/toute-lactualite-choisie/item/2609-les-demandeurs-dasile-a-la-rue-
4 http://survivreausida.net/a6055-une-association-de-la-courneuve-privee-de-su.html , http://www.leparisien.fr/seine-saint-denis/bras-de-fer-sans-issue-entre-l-etat-et-l-association-africa-14-07-2004-2005138834.php et http://olivier.hammam.free.fr/actualites/documents/mondes/2004/07/17/07-17%201B.htm